On estime que de 10 à 12 % de la population aurait des troubles spécifiques de l'apprentissage. De plus en plus, on retrouve des élèves avec des besoins particuliers dans nos écoles. Le préfixe "DYS" nous informe d'un trouble spécifique d'apprentissage. Les élèves qui en sont atteints le sont pour la vie puisqu'il s'agit d'un problème neurologique présent dès la naissance. Ces élèves reçoivent une rééducation selon leur besoin spécifique afin d'automatiser des comportements cognitifs, de créer des "réflexes appris". Il est essentiel de respecter leur façon d'apprendre parce que ces élèves ont une estime de soi fragile. Ils veulent se prouver et démontrer qu'eux aussi peuvent avoir accès à la réussite. Voici donc un petit lexique pour comprendre les principales caractéristiques de chacune de ces appellations et en quoi ces troubles interfèrent dans l'apprentissage du français.
Dyslexie : Trouble de l'automatisation de la lecture et de l'écriture.
C'est le trouble du "lire et du écrire". Lorsque ces élèves ont une conclusion de dyslexie, ils arrivent souvent en classe avec un dictionnaire électronique ou une recommandation pour utiliser une synthèse vocale. Essentiellement, ces élèves font involontairement des inversions de lettres ou confondent des mots soit en lecture, soit en écriture ou dans les deux compétences. L'enseignant doit tenir compte de cette particularité au moment d'évaluer la compréhension de la lecture ou de la production d'un écrit. On doit éviter de faire lire ces élèves à voix haute devant tout le groupe ou de faire écrire au tableau si l'on veut préserver leur estime d'eux même et leur motivation scolaire.
Dysorthographie : Trouble de l'automatisation de l'orthographe.
Les élèves atteints de ce trouble n'arrivent pas à se faire une image mentale de l'orthographe des mots. Il s'agit du trouble du "savoir écrire correctement les mots". L'utilisation de la synthèse vocale avec le traitement de texte leur permet de se faire relire par la voix artificielle de l'ordinateur ce qu'ils ont écrit. Ainsi, cet outil les aide à s'autocorriger sans leur donner la réponse parce que les élèves doivent faire un choix parmi les propositions qui leurs sont offertes. Aussi, le correcteur intégré du traitement de texte peut être suffisant pour pallier à ce problème. Sinon, ils peuvent recourir à un logiciel offrant un dictionnaire de prédiction de mots qui leur permet de sélectionenr le mot désiré parmi ceux qui sont les plus fréquemment utilisés en français. En écriture, ces élèves seront en grand échec au critère de l'orthographe d'usage et feront des erreurs assez déconcertantes (lire : créatives).
Dysgraphie : Trouble de l'automatisation de l'écriture.
L'écriture de ces élèves est illisible parce qu'ils ne réussissent pas à enregistrer le tracé des lettres ou parce que leur fluidité en écriture est déficiente. Le cerveau sait ce qu'il doit être fait en termes de mouvement, mais la main ne reçoit pas la commande lancée par le cerveau. Ces derniers auront peu d'intérêt pour l'écriture (voire s'opposer à écrire), développeront peu leurs idées à l'écrit et préféreront fournir des réponses courtes. Par contre, à l'oral, ils sauront souvent impressionner par leurs connaissances et démontreront une compréhension hors du commun. En situation d'écriture, ces élèves produiront le nombre minimal de mots requis et ils construiront des phrases courtes et peu élaborées. Un des moyens utilisés pour aider les moins atteints, c'est l'utilisation de feuilles de papier avec des interlignes plus larges que la moyenne. Ainsi, l'élève a de l'espace pour tracer ses lettres. Pour soutenir les cas plus graves, l'utilisation de l'ordinateur s'est avéré un moyen compensatoire efficace et motivant pour ces élèves afin qu'ils puissent démontrer leur plein potentiel intellectuel.
Trouble primaire du langage : Trouble de l'automatisation du langage oral (réceptivité et/ou expressivité).
C'est le trouble de "dire et comprendre ce qui est dit". L'accès lexical est laborieux ou demande un délai de traitement. Le trouble peut nuire à la réceptivité ou à l'expressivité des messages ou nuire aux deux. Les élèves atteints de dysphasie éprouvent des difficultés surtout en communication orale et, par conséquent, dans les relations interpersonnelles. Le principal obstacle est de l'ordre de l'interprétation des messages reçus et de l'ordre de l'interprétation des contextes sociaux pour les cas les plus sévères (qui ne fréquentent pas les classes du régulier). Alors, si l'élève ne peut pas interpréter les différents paramètres de la communication orale, il n'interprétera pas non plus les inférences ou les informations implicites dans un texte écrit. Dans les cas les plus sévères, cet aspect de la lecture est pratiquement impossible à réaliser. Ce qui est lu, c'est ce qui est, au premier degré. Ces élèves auront beaucoup de difficulté à comprendre les jeux de mots, les farces, les subtilités du langage, ce qui créer des interférences avec les gens de son entourage. Il leur sera évidemment ardu de raconter eux même des blagues. Également, leurs écrits seront pauvres en expressions idiomatiques et leurs propos peu nuancés.
Dyspraxie : Trouble de l'automatisation de la motricité.
Pour en faire une caricature, c'est l'élève brillant qui ne performe pas en éducation physique, le "nerd" des films américains. C'est le trouble du "comment faire". Les élèves dyspraxiques se font remarquer par leur côté maladroit. D'ailleurs, leur organisation générale s'en ressent (le pupitre, le casier, l'information sur une feuille, la propreté du travail, etc.). L'utilisation de procéduriers leur sera très utile ! Pour soutenir les difficultés de motricité fine, l'écriture des travaux ou des notes de cours avec un ordinateur est souvent la solution envisagée. L'organisation du texte et l'organisation de la phrase sont des habiletés longues à développer pour ces élèves. Souvent, ils se colleront au plan proposé par l'enseignant et personnaliseront peu leur style d'écriture. En lecture, il se peut que l'élève dyspraxique saute des lignes ou ne distingue pas les espaces entre les mots. Ces comportements entraînent une perte de compréhension importante. Cela est souvent dû à des saccades visuelles involontaires ou une atteinte à la motricité oculaire. On lui présentera des textes avec des interlignes plus larges ou on mettra deux couleurs de marqueur en alternance pour chacune des lignes. Pour d'autres, la motricité mandibulaire sera atteinte. L'élève aura de la difficulté à bien placer les parties de sa bouche (langue, lèvres, joues, etc.) pour articuler correctement les sons. On aura peine à le comprendre et l'élève préférera peut être se taire que de répéter. Les exposés oraux seront de véritables supplices. Indéniablement, ces élèves ont besoin d'une routine stable.
Certaines caractéristiques sont semblables d'un trouble à l'autre. C'est la raison pour laquelle seul le neuropsychologue ou le neuropédiatre peut donner un diagnostique juste. Voici un tableau expliquant les différentes connexions reliant les différents troubles d'apprentissage et comportementaux :
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| Tableau tiré de PANNETIER, Évelyne, La dyspraxie : une approche clinique et pratique, 2007, p.91. |
Le 10 du 10e mois (octobre) est une journée nationale consacrée aux élèves DYS.
Un merci tout particulier à ma collègue Lise Goulet, CP en adaptation scolaire, pour avoir apporter des précisions précieuses à mon premier jet.
Sources :
BRETON, Sylvie et Léger, France, Mon cerveau ne m'écoute pas. Comprendre et aider l'enfant dyspraxique, 2007, 178 pages.
MAZEAU, Michèle, Dyspraxie de l'enfant. Comprendre le handicap pour cibler la prise en charge et l'orientation, http://ww2.ac-poitiers.fr/ecoles/IMG/pdf/mmazeau_poitiers.pdf
MAZEAU, Michèle, Les dyspraxies de l'enfant : conférence du Dr Michèle Mazeau,
PANNETIER, Évelyne, La dyspraxie : une approche clinique et pratique, 2007, 123 pages.
Ressources web :
Association canadienne de dyslexie : http://www.dyslexiaassociation.ca/francais/questce.shtml
Association francophone de parents d'enfants dyslexiques : http://www.afped.ca/index.cfm?p=page&id=3
Association québécoise de la dysphasie :
La dyspraxie expliquée aux enfants : http://www.aqetaoutaouais.qc.ca/PDF/PDF/J/J03.pdf
Les troubles d'apprentissage : http://pages.infinit.net/touze/ta.html http://www.dysphasie.qc.ca/fr/index.phphttp://ww2.ac-poitiers.fr/ecoles/spip.php?article249