Quel casse-tête que sont les homophones ! Facilement réussis en exercices, difficilement transférés dans les écrits des élèves. Curieusement, c'est en 1730, dans la grammaire de Restaut, que l'on voit le thème de l'homophonie (à et a, ces et ses, ce et se, mes et mais, etc.) traité pour la première fois dans une grammaire française (Piron, 2008). Ce n'est donc pas de notre époque que les mots "qui-sonnent-pareils-mais-qui-ne-s'écrivent-pas-pareils" sont une préoccupation en écriture. Que peut-on faire pour soulager ce mal grammatical ?
Tout d'abord, il est important de savoir que les linguistes distinguent très nettement l'homophonie de l'hétérographie. Faisons un peu de latin. Le préfixe "homos" signifie pareil et le suffixe "phonos", son ou voix. L'homophonie renvoie donc à la langue orale, "qui sonne pareil". Le préfixe "hétéros" signifie différent et le suffixe "graphos", écriture. L'hétérographie appartient donc à la langue écrite, "qui s'écrit différemment". En joignant ces deux concepts, nous arrivons à nommer la représentation linguistique connue par les enseignants de français : les homophones. En clair, plusieurs élèves éprouvent des problèmes avec l'écriture des mots qui sonnent pareils, donc des problèmes d'hétérographie, puisqu'à l'oral, leur emploi est adéquat. D'ailleurs, c'est de là que vient toute la confusion parce les élèves n'ont pas conscience des classes de mots qu'ils emploient au moment de prendre la parole (Jaffré et Brissaud, 2006).
Selon l'Office québécoise de la langue française, il existerait deux catégories de ce qui est appelé dans nos milieux "les homophones" : les homophones lexicaux et les homophones grammaticaux.
En fait, on parle d'homophonie lexicale lorsqu'il y a ressemblance entre les mots d'un même groupe grammatical. On les retrouve principalement dans les classes de mots suivantes : les noms, les verbes, les adjectifs et les adverbes. Par exemples, ère et aire, pause et pose, etc. L'usage de ces homophones est généralement correct et n'engendre pas trop de maux de tête.
Les homophones grammaticaux, quant à eux, se rencontrent surtout dans ces classes de mots : les déterminants, les pronoms, les prépositions et les conjonctions. Ils proviennent de classes de mots différentes. Par exemple, à et a, ni et n'y, leur (pronom) et leur (déterminant), etc (OQLF, 2002). Règle générale, les élèves éprouvent principalement des difficultés avec l'utilisation des homophones grammaticaux.
Pour pallier à cette "bête noire", les recherches en didactique proposent un enseignement des homophones grammaticaux en identifiant en premier lieu les groupes de la phrase plutôt que les classes de mots : partir du générique vers le spécifique. Une fois les groupes de la phrase bien identifiés (GS - GV - GCP), il est clair pour le scripteur que le "a sans accent grave" ne se retrouvera pas dans le groupe-sujet ou dans le groupe complément de phrase (dans le cas d'une phrase simple) parce qu'il provient d'un verbe. Dans tous les autres cas, on inscrira le "a avec un accent grave". C'est aussi une fois les groupes de la phrase reconnus par l'élève qu'une manipulation par substitution aura lieu. La conjugaison à l'imparfait du verbe "avoir" est habituellement la substitution la plus courante pour s'assurer de la validité de son choix. Cette manipulation devient importante parce qu'il est possible qu'une proposition se retrouve à l'intérieur du groupe verbe. Ainsi, les élèves feraient plus facilement des transferts de connaissances surtout si cette analyse est faite à partir de leurs propres écrits (Nadeau et Fisher, 2006).
Malgré toutes ces explications, " Y faux camp m'aime fer attends scions !"
(Inspiré du titre de l'article de recherche de Brulland et Moulin, Cahiers pédagogiques, 2006).
Sources :
JAFFRÉ, Jean-Pierre et BRISSAUD, Catherine, in L'orthographe en question, Homophonie et hétérographie, un point nodal de orthographe, 2006, p.145.
NADEAU, Marie et FISHER, Carole, La grammaire nouvelle. La comprendre et l'enseigner, 2006, pp. 201 à 231.
Office québécoise de la langue française, Banque de dépannage linguistique, 2002, http://66.46.185.79/bdl/gabarit_bdl.asp?id=2645 .
PIRON, Sophie, La grammaire du français au XVIIIe siècle, Correspondances, novembre 2008, p.19.
